La journée du réenchantement dans le diocèse d’Alsace

Vendredi 8 mars, Patrick Wolff, directeur diocésain de l’Enseignement Catholique d’Alsace, et l’équipe diocésaine du réenchantement invitaient les conseils d’établissement des 33 écoles catholiques d’Alsace à un temps fort. Ainsi, des élèves, des professeurs et tous les chefs d’établissements se sont retrouvés dans le nouvel auditorium du collège Saint Etienne à Strasbourg autour du thème « la responsabilité en partage ».

 

Patrick Wolff introduisait la journée : « Pascal Balmand, notre Secrétaire général, avec l’équipe nationale du réenchantement, nous a proposé le thème de la « responsabilité en partage ». L’équipe diocésaine du réenchantement, fidèle à la méthode préconisée (penser, explorer, partager), a donc commencé par réfléchir et nous nous sommes dit : « faisons un pas de côté et demandons à des personnes qui ne travaillent pas dans l’Enseignement catholique quelle est leur conception de la responsabilité en partage et comment ils vivent la responsabilité dans leur réalité professionnelle ». Des personnalités d’horizons très différents nous ont fait l’honneur d’accepter notre invitation. Grand merci à eux ! »

 

Après l’introduction de Pascal Balmand, la table ronde réunissant des personnalités du monde politique, économique, artistique et universitaire apporte des éléments de réflexions sur le sujet. Marc Larchet, responsable de la communication pour le diocèse de Strasbourg, donne successivement la parole à Nathalie Ernst, Conseillère départementale du Bas-Rhin, Ariane Matiakh, cheffe d’orchestre, Michel Deneken, Président de l’Université de Strasbourg, Anne Siegel, dirigeante d’entreprise.

 

Pour Pascal Balmand, « la responsabilité en partage, c’est la manière dont nous nous faisons grandir les uns les autres. Cela se vit en trois étapes : dans la première, je vois et reconnais l’autre, il existe. Dans la deuxième, une parole vraie et responsable consiste à lui dire : « tu as du prix à mes yeux, j’ai besoin de toi » et enfin, ensemble nous faisons des projets. »

 

Nathalie Ernst poursuit : « Pour se lancer en politique, j’ai besoin de l’autre. J’ai besoin de construire le projet avec les autres. Il faut une horizontalité des échanges entre les élus et les citoyens. Il faut avoir le courage de porter ses valeurs. »

 

Ariane Matiakh reprend cette idée du besoin de l’autre : « Un chef d’orchestre sans les musiciens n’émet aucun son. Mon rôle est de coordonner tous les autres. Je dois aussi leur demander de faire les choses comme moi j’ai envie de faire les choses. »

 

Dans ses fonctions, le chef d’orchestre élabore les saisons musicales. « Je dois choisir ce que les musiciens vont présenter, vont jouer, vont enregistrer. Ces choix façonnent notre image. Dans l’orchestre des musiciens sont là depuis 30 ans, alors que moi comme chef je ne serai que de passage. Il faut arriver à les ouvrir encore à du nouveau. Le secret dans le travail d’un orchestre, c’est de toujours rester centré sur la passion qui nous anime : la musique…

Quand j’arrive quelque part dans un orchestre, j’ai très peu de temps pour découvrir les leaders, les talents et faire avancer tout l’orchestre. Je dois arriver à donner la responsabilité aux plus forts, à amener tous les musiciens à avancer le plus loin.  Il ne faut pas non plus étouffer le talent des plus forts sous prétexte qu’on joue collectif. Un équilibre est à trouver. Nikolaus Harnoncourt disait : la perle nait de la perturbation de l’huitre. »

 

Pour Mme Matiakh, l’autorité d’un chef vient de la hiérarchie et de sa capacité à être flexible et créatif.

 

« Quand j’arrive dans un orchestre que je ne connais pas, je viens déjà avec ma vision de l’œuvre. J’aurai en face de moi des personnes qui ont la leur. Je ne suis pas là pour imposer coûte que coûte ma vision, mais pour essayer de créer une interprétation qui colle le plus à ce que voulait le compositeur. »

 

 

 

 

Michel Deneken, en tant que président de l’université de Strasbourg, doit mener une politique publique au service de l’Etat. Il évoque sa responsabilité liée à l’histoire et à la notoriété de l’institution. « Je dois répondre de 53000 étudiants, de 5300 enseignants chercheurs. Avec 18 prix Nobel, dont 14 allemands, et 4 prix Nobel en cours, j’ai pris un trois étoiles en main. Une fois que vous avez 3étoiles, il faut les maintenir ! »
Partant de l’horizontalité de la responsabilité, M. Deneken précise : « Moi je suis responsable de toi comme toi tu l’es de moi, mais moi je suis plus responsable de toi…

Je suis élu, je dois rendre compte. Le chef prend des options. Arrêtons de croire que tout est horizontal. S’il n’y a pas quelqu’un qu’on a envie de suivre, on n’avance pas. Dans les décisions à prendre, j’ai une responsabilité ultime. »

 

Pour le président de l’université, une de ses responsabilités, c’est aussi de donner un cap pour les dix années à venir. Les instances aident à faire émerger les décisions. « Le cap, je le fixe grâce à la culture de la remise en cause permanente des savoirs. Grâce au bouillonnement de la réflexion des équipes… Le responsable, c’est quelqu’un qui endosse la responsabilité, qui est un serviteur. Je suis serviteur de personnes qui ont des talents extraordinaires.  Réenchanter le monde, c’est aussi le désembourber ! »

 

Anne Siegel est chef d’entreprise. « J’ai été salariée dans le public et dans le privé, je suis passé par une étape : au départ je ne me rendais pas compte de l’importance de faire rentrer de l’argent. La notion financière, je ne l’avais pas. Pour un chef, elle est importante.

 

Ensemble quand on réussit, nos clients sont contents, nous sommes tous contents. A la clef, il y a une réussite financière. Si un projet ne marche pas, je ferai quand même en sorte que les employés puissent avoir leur salaire. C’est mon engagement de chef d’entreprise.

C’est un vrai bonheur pour moi de faire grandir des gens qui sont dans mon entreprise. Je les invite à continuer à se former. Cela les fait grandir. Dans une équipe, chacun a droit à l’erreur… Faire équipe, c’est ne pas toujours être au top de ma forme, mais les collaborateurs peuvent-ils prendre le relais ? »

 

L’équipe diocésaine du réenchantement a invité des jeunes à participer à cette journée : « De cette façon, nous pourrons écouter leur parole. C’est dans cet esprit que les collégiens présents ont travaillé entre eux le thème de la journée. » Ils ont  partagé le fruit de leur travail, ainsi que les lycéens et les étudiants présents. La réflexion pour les élèves de Primaire a été menée en établissement et s’est traduite sous forme de panneaux exposés dans l’auditorium ce même jour. Tous ces apports étaient originaux et riches. Patrick Wolff a décidé de créer un Comité Diocésain des Elèves (CODIEL). Après le travail de ce matin, je prends l’engagement de le faire avec vous ! Je vous demande simplement d’accepter que tout ne pourra pas être fait tout de suite » a-t-il annoncé aux jeunes.

 

Pascal Balmand a conclu les travaux de la journée. « Il faut des responsables. Méfions-nous du chef surhomme qui regarde les autres de haut. Le chef, c’est celui qui ouvre des fenêtres vers l’horizon. »

 

Les conseils d’établissement des établissements catholiques d’enseignement d’Alsace vont prolonger la réflexion entamée au cours de cette matinée lors de leurs prochaines réunions.

 

Jean THOMAS

Crédit photo : L’Ami hebdo/Aurélie Feix