Vivre une responsabilité en partage

Dans le cadre du processus pour réenchanter l’école, un nouveau défi a été lancé : vivre une responsabilité en partage. Mais comment inscrire la responsabilité en partage dans un mouvement de réenchantement ?
Car souvent la responsabilité se situe plutôt du côté de l’opérationnel, de la mise en application, et le réenchantement du côté du souffle et de l’horizon ?
C’est peut-être une certaine manière de concevoir le « partage » qui peut transformer la responsabilité en source de réenchantement.
Si le partage est conçu seulement comme redistribution des responsabilités, visant à ce que chaque membre de la structure en prenne sa part, c’est déjà un premier pas, mais pas encore suffisant pour réenchanter. Si le partage est envisagé comme capacité à déléguer au lieu de vouloir tout contrôler, c’est déjà un premier pas, mais pas suffisant pour réenchanter. Si le partage est perçu comme augmentation de la responsabilité individuelle et réduction de la centralité du chef, c’est déjà un premier pas, mais pas suffisant pour réenchanter.
Car le partage qui réenchante n’est pas celui qui distribue de manière plus équitable ce qui est commun, mais celui capable de créer un nouveau commun. Car le partage qui réenchante n’est pas celui qui permet à chacun de prendre sa part de responsabilité mais celui qui relie les responsabilités individuelles. Car le partage qui réenchante n’est pas celui qui fait de la mise en commun mais plutôt celui qui fait de la communion.

La responsabilité en partage peut réenchanter si en plus de rendre chaque membre plus responsable du projet commun, elle crée des espaces où la responsabilité de chacun est nourrie par celle des autres.
La responsabilité en partage peut réenchanter si elle propose une co-responsabilité qui ne soit pas agrégation mais plutôt croisement des responsabilités individuelles. La responsabilité en partage peut réenchanter si elle permet à chaque membre d’être transformé et déplacé par les autres.
Oui, la responsabilité en partage peut contribuer au réenchantement si elle est capable de produire deux choses qui lui sont naturellement contraires : si elle habilite chacun à
« lâcher prise » et si elle permet que ce lâcher prise soit fécondé par les autres.
Élena Lasida
Professeur à l’Institut Catholique de Paris,
Membre du Conseil des Veilleurs de Réenchanter l’école

 

 

Faire confiance, c’est donner à l’autre un réel espace de liberté, de créativité et d’initiative

Le courage du geste fraternel

La bible invite à la confiance.

C’est le chemin, encore faut-il essayer d’établir la confiance ! Sans doute à partir de quelques règles simples :

*La confiance suppose de dépasser les impressions, les emballements et, pour cela, pouvoir et oser connaître

*La confiance naît dans une rencontre. Elle ne s’appuie pas sur les qualités ou le refus des défauts de l’autre

*La confiance accepte les fragilités de chacun. Mais sait poser des limites. Certes, chacun peut être médiocre, mais il ne doit pas s’y résigner

*La confiance nécessite l’échange, la parole, voire le conflit pour se maintenir dans l’évolution du temps

*La confiance accepte les passages à vide, les souffrances, même au prix de l’inquiétude et de la jalousie

*La confiance tient compte des maladies, de l’histoire blessée de chacun. Elle reconnaît les domaines où il convient de ne pas faire confiance

*La confiance nécessite une confiance en soi aussi, en ses capacités de rebondir, de résilience

*La confiance remet en chantier les équilibres précédents obtenus

*La confiance prend des risques. Elle se développe tout en sachant qu’il n’y a pas de sécurité à 100%.

Monseigneur Michel Dubost, évêque du diocèse d’Évry Corbeil-Essonnes depuis
2000, et membre du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux

 

Vivre une responsabilité en partage

Responsabilité partagée, responsabilité en partage

« Pouvoir faible » et fragilité

« Dans un monde qui survalorise la « réussite » et le succès, nous avons besoin de pilotes qui assument leurs limites et leurs fragilités, et qui en cela se montrent proches de chacun. (…..). Nous ne sommes pas appelés à être comme des « professionnels » qui connaissent les problèmes de leurs clients, mais comme des frères et des sœurs vulnérables qui connaissent les autres et sont connus, qui ont soin des autres et dont les autres ont soin, qui pardonnent et ont besoin d’être pardonnés, qui aiment et ont besoin d’être aimés. Il ne faut pas penser qu’il y aurait d’un côté les professionnels, nous, invulnérables, et de l’autre ceux qui ont besoin d’être enseignés. Non, nous sommes pécheurs, des êtres vulnérables qui avons autant besoin de soins que ceux dont nous avons soin. » – Henri Nouwen, Au nom de Jésus. Réflexions sur le leadership chrétien- 

« Personne n’a la responsabilité de tout faire, mais chacun doit accomplir quelque chose » – Henry David Thoreau

 

« Dieu a créé le monde comme la mer crée la plage : en se retirant. »  – Hölderlin 

 

« La responsabilité est la conséquence de la réconciliation avec soi-même. » –Claude-may Waia Némia

 

« La responsabilité est la conséquence intime de la liberté. Aussi le monde est ce que nous le faisons. » – Léo-Paul Desrosiers

Responsabilité : engagement et bien commun

« Dans une société socialisée, on ne peut espérer se passer d’un pouvoir qui, distinct des groupes sociaux dans son principe, indépendant des intérêts qu’ils représentent, puisse exercer entre eux ce qui est la fonction même du pouvoir : l’arbitrage et la coordination… Et cette fonction demeure pour nous définie par la recherche du bien commun.

C’est sur l’adjectif qu’il faut ici mettre l’accent ; car les sociétés qui forment le tissu de la collectivité socialisée n’ont chacune la garde que d’intérêts partiels, comme elles-mêmes ; espérer que, de la juxtaposition et de la confrontation de ces intérêts partiels, puisse jaillir une vue claire de ce que requiert, pour se développer harmonieusement, la cité socialisée,c’est aller contre les données psychologiques les plus évidentes.

Les dirigeants du groupe sont amenés à hypertrophier les intérêts dont ils ont la charge et, de groupe à groupe, le dialogue ne peut guère aboutir qu’à l’affrontement ou au compromis.

Or, il faut, entre eux, un arbitre ; il faut choisir, marquer les hiérarchies, donner le pas, dans les perspectives du bien commun, à tel groupe sur tel autre ; donc, infliger des sacrifices ; à tout le moins, il faut coordonner, assurer, non seulement la coexistence pacifique, mais encore la convergence des actions et leur jeu harmonieux. » Rivero

Responsabilité et gouvernance

« Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l’élan du cœur ; non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. » – 1 Pierre 5, 2-4 – 
«Nous avons à inventer ensemble et au bénéfice de tous, un style éducatif opérant l’indispensable conversion qui consiste à passer de la pluralité comme problème à résoudre, à la différence comme ressource pour mieux vivre ensemble. » Éduquer au dialogue interculturel dans l’ École catholique – Vivre ensemble pour une civilisation de l’amour

Responsabilité… de l’autre … pour l’autre

«Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.» Jean, 13, 12-17)
«Moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » . – Luc, 22, 24-27
« D’habitude, on est responsable de ce qu’on fait soi-même. Je dis que la responsabilité́ est initialement un pour autrui. Dès lors qu’autrui me regarde, j’en suis responsable, sans même avoir à prendre de responsabilités à son égard ; sa responsabilité́ m’incombe. C’est une responsabilité́ qui va au-delà̀ de ce que je fais » – Emmanuel Levinas
« Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l’élan du cœur ; non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. » – 1 Pierre 5, 2-4 –

Responsabilité, Pouvoir, Liberté

« Là où règne la contrainte, il y a tyrannie et il n’est pas possible de donner son approbation à cela ; mais par-dessus le marché, la stabilité n’est même pas garantie.
D’habitude, en effet, ce qui subit violence reprend vite, une fois rendu à soi-même, son état primitif, comme le fait une plante pliée à la force du poignet.
Au contraire, ce qui procède du libre arbitre est souverainement réglé et offre en même temps toute sécurité, car le lien de l’inclination tient lieu de surveillance.
De là vient que notre loi et notre législateur prescrivent tout particulièrement de faire paître le troupeau dans la liberté et non dans la contrainte. (…)
Car c’est à des hommes consentants et non à des hommes contraints qu’est donné le mystère du salut. » (Grégoire de Nazianze, Discours théologiques, II, 15 ; XII,5) – Jean 10, 9-15 le Bon Pasteur

Responsabilité et confiance

« L’une des meilleures façons d’aider quelqu’un est de lui donner une responsabilité et de lui faire savoir que vous lui faites confiance. » Booker T. Washington<
“- la confiance suppose de dépasser les impressions, les emballements et, pour cela, pouvoir et oser connaître,
– la confiance naît dans une rencontre. Elle ne s’appuie pas sur les qualités ou le refus des défauts de l’autre.
– la confiance accepte les fragilités de chacun. Mais sait poser des limites. Certes, chacun peut être médiocre, mais il ne doit pas s’y résigner,
– la confiance nécessite l’échange, la parole, voire le conflit pour se maintenir dans l’évolution du temps,
– la confiance accepte les passages à vide, les souffrances même au prix de l’inquiétude ou de la jalousie,
– la confiance tient compte des maladies, de l’histoire blessée de chacun. Elle reconnaît les domaines où il convient de ne pas faire confiance,
– la confiance nécessite une confiance en soi aussi, en ses capacités de rebondir, de résilience,
– la confiance remet en chantier les équilibres précédemment obtenus,
– la confiance prend des risques. Elle se développe tout en sachant qu’il n’y a pas de sécurité à 100%.”  – Mgr M. Dubost, Le courage du geste fraternel, Paris, Artège, 2015

Responsabilité en Église

« Du point de vue de son institution, l’Eglise est comme une pyramide renversée, dont la pointe se trouve sous la base : position paradoxale des évêques et encore plus du pape ; ce sont des sommets (et à ce titre ils ont autorité) mais subalternes : ils sont au service d’une base, véritable principe et terme de l’Eglise telle que le Christ l’a voulue au service de l’Evangile du Royaume. » – Ghislain Lafont, Petit essai sur le temps du pape François –
« L’Église s’est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce : « Jésus-Christ t’a sauvé ! »Les ministres de l’Eglise doivent être avant tout des ministres de miséricorde […], prendre soin des personnes, les accompagner comme le bon Samaritain qui lave et relève le prochain. C’est l’Evangile à l’état pur. Dieu est plus grand que le pêché […]. Les ministres de l’Evangile doivent être des gens capables de réchauffer le cœur des personnes, de dialoguer et de cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre. Le peuple de Dieu veut des pasteurs, pas des fonctionnaires ou des clercs d’Etat. » – Pape François – « L’Eglise que j’espère » Entretien avec le Père Sparado – Flammarion/ Etudes, 2013, p.68-69.
« Parfois, il nous semble que nos efforts ne portent pas de fruit, pourtant la mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande ; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. Peut-être que le Seigneur passe par notre engagement pour déverser des bénédictions quelque part dans le monde, dans un lieu où nous n’irons jamais. L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble ». Pape François, La joie de l’Évangile – §279